Biodémographie : évolution depuis 20 ans
Daniel Courgeau  1  
1 : Institut national d\'études démographiques
INED

La parution en 1996 de l'ouvrage édité par Jean-Pierre Bocquet Appel, Denise Pumain et moi-même sur l'Analyse spatiale de données biodémographiques, ouvrait au lecteur français une nouvelle approche scientifique. Elle s'est rapidement développée par la suite, en particulier auprès d'auteurs américains. Nous chercherons d'abord à définir en quoi l'union de ces deux sciences si différentes, la biologie et de la démographie, peut être possible et peut apporter des éléments nouveaux dans chacune d'entre elles. La réponse à ces questions nous conduit à distinguer les aspects négatifs de cette union de ses aspects plus positifs durant les vingt années qui suivirent son apparition.

L'aspect le plus négatif de cette union s'est produit avec l'introduction de la génétique du comportement en démographie à la fin du vingtième siècle, qui s'est amplifié au cours des vingt années suivantes. Nous montrons qu'elle est basée sur des idées eugénistes et des hypothèses posées par Fischer en 1918, qui n'ont plus de valeur de nos jours mais qui sont soutenues par un courant de pensée très puissant cherchant à relier gènes et comportements. Nous décrirons rapidement les erreurs entraînées par ce courant de pensée tout au long du développement biologique de la génétique, passant de la génétique classique jusqu'au début des années 2000, aux études génomiques jusqu'aux années 2010, puis enfin durant l'ère post-génomique qui est en pleine expansion.

Parmi les succès, je ne reviendrais pas sur les présentations de Lyle Konigsberg, Isabelle Séguy et Henri Caussinus, qui ont montré comment relier l'âge biologique des individus à leur âge civil dans une population donnée. Un autre aspect plus positif de cette union se trouve dans l'étude de la mortalité et de la fécondité. Ces deux phénomènes sont en effet, mais pour des raisons différentes, au cœur des études démographiques et des études biologiques. La réunion de ces deux approches permet dès lors de conduire, si elle est bien menée, à l'approfondissement de leur compréhension. Y échappe cependant la migration, qui est un phénomène déterminé par la société dans laquelle vivent les individus et non par leur biologie.

La conclusion étendra la réflexion aux autres essais de réunion d'approches, auparavant distinguées comme différentes, en s'intéressant à leurs fondations.


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